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Hommage à Gilles Ménage, le 8 janvier 2018 à Jarnac


Maison natale de François Mitterrand

Hommage | par Christophe Rosé le 15 janvier 2018

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Ce 8 janvier 2018, à Jarnac, conjointement à la cérémonie commémorative annuelle, marquant la disparition de l’ancien président de la République, l’Institut François Mitterrand la rendu hommage à Gilles Ménage, son ancien secrétaire général décédé en juillet dernier.

Michel Charasse dévoile la plaque
en hommage de Gilles Ménage, le 8 janvier 2018 à Jarnac, dans la vinaigrerie de la Maison natale de François Mitterrand (DR C.Rosé/IFM).

Après la cérémonie officielle au cimetière des Grand’ Maisons, tous les présents, famille, proches et amis de Gilles Ménage, ce sont rassemblés à la Maison natale de François Mitterrand. Michel Charasse, Vice-Président de l’Institut François Mitterrand, à dévoilé à l’entrée de "la Vinaigrerie" une plaque en l’hommage de Gilles Ménage. Puis Virginie, la fille et Laurent Latrasse, le neveu de Gilles Ménage ont ensuite pris la parole suivi par Frédéric Mitterrand qui a lu le texte écrit par Marie-Pierre Landry, nièce de l’ancien Président. Michel Charasse a ensuite pris la parole pour retracer dans son discours toute la carrière et la vie de Gilles Ménage, rendant hommage à son action et à ses engagements.

La Lettre vous propose de revenir sur cet hommage : en image avec les photos et la vidéo de la lecture du texte de Marie-Pierre Landry par Frédéric Mitterrand et en texte avec le discours de Michel Charasse.

Virginie Ménage et Laurent Latrasse
lors de l’hommage à Gilles Ménage, à la vinaigrerie de la Maison natale de François Mitterrand à Jarnac le 8 janvier 2018 (Dr C.Rosé/IFM).

Lecture par Frédéric Mitterrand du texte de Marie-Pierre Landry


Discours Michel Charasse en hommage à Gilles Ménage

Maison natale de François Mitterrand à Jarnac le 8 janvier 2018

Michel Charasse lisant son discours
d’hommage à Gilles Ménage, le 8 janvier 2018 à Jarnac, dans la vinaigrerie de la Maison natale de François Mitterrand (DR C.Rosé/IFM).

Mesdames, Messieurs,

Pardon d’être un peu arrivé en retard, mais à mon âge, on ne prend plus les trains de bonne heure, donc j’ai pris le suivant et c’est pour ça que j’arrive en fin de matinée ; entre nous, c’est juste l’heure de l’apéritif.

Bien, Mesdames, Messieurs, et en particulier celles et ceux qui appartenaient à la famille de Gilles. Chers Amis, aujourd’hui, il s’agit donc aujourd’hui de rendre hommage à Gilles Ménage qui nous a quitté en juillet dernier, je dirais brutalement et sans crier gare.

Il était né le 5 juillet 1943 à Bourg la Reine, dans la région parisienne, et privé très tôt de l’affection de son père il s’est cramponné pour faire sérieusement de solides études. Il est allé au lycée Lakanal à Sceaux, au lycée Berthollet à Annecy. Il a passé le diplôme de Sciences Po à l’IEP de Paris et enfin le concours de l’Ecole Nationale d’Administration (qui ne se trouve pas sous les sabots d’un âne), promotion Jean Jaurès, entre 1967 et 1969.

Il nous a quittés à 74 ans, après 50 ans de vie active au service de la France, sous diverses facettes. Je vais essayer de recenser les vies successives de Gilles parce qu’il a eu plusieurs étapes tout au long de son existence.

Après avoir été reçu à l’ENA, fait sa scolarité, sorti de l’école, il est rentré (ce qui est bien entendu un parcours classique dans l’administration de l’Etat) comme administrateur civil au ministère de l’Intérieur, et il est resté dans les services relevant du ministère de l’Intérieur pendant 12 ans de 1969 à 1981. Administrateur civil, je l’ai dit, sous-Préfet, Directeur de Cabinet du Préfet du Tarn et Garonne, puis à Limoges. Il devient Préfet de la région Limousin, Préfet de la Haute Vienne - où il a eu l’occasion de rencontrer à cette époque le Président Chirac qui n’était pas encore Président de la République mais qui était un grand élu du secteur, celui-ci se rappellera de son passage mais pas au point de ne pas se séparer le moment venu, ou avant le moment venu, pardon, de Gilles Ménage. Il est ensuite chargé de mission à la Préfecture de Paris. Il devient Directeur de Cabinet du Préfet et Secrétaire général de la Préfecture de Paris. Enfin dans le même temps, il enseigne à Sciences Po où il est maître de conférences de 1975 à 1977 puis à l’Institut International d’Administration publique en 1980-1981. C’est en 1981 qu’André Rousselet, nommé Directeur de Cabinet de François Mitterrand après son élection, présente Gilles Ménage au Président Mitterrand et qu’il le fait venir à l’Elysée où il restera 11 ans.

C’est sa deuxième vie. Il sera d’abord Conseiller technique au Cabinet, étant entendu que les fonctions à l’époque du Président Mitterrand étaient moins rigides qu’aujourd’hui, parce que François Mitterrand avait du mal à se mettre dans l’idée qu’il y avait un Cabinet et un Secrétariat général. Donc tout cela était un peu mélangé ; mais cela marchait très bien quand même et je dois dire que nous étions, permettez-moi de le dire, je ne parle pas de moi mais en général, une remarquable équipe de collaborateurs quelles que soient les affectations que nous avait données le Président, qui étaient vraiment souvent pour la forme.

Conseiller technique, je l’ai dit, il devient de 1982 à 1988 Directeur adjoint du cabinet, puis Directeur de Cabinet de 1988 à 1992. Il suivra à l’Elysée un certain nombre de dossiers, certains avec d’autres. En particulier tout le secteur des nominations du Corps préfectoral que nous partagions. Je dois dire qu’il connaissait bien le Corps préfectoral. Je le connaissais aussi un peu et ça a plutôt bien fonctionné. Cela a même très bien fonctionné, mais il était dans le même temps chargé des questions de sécurité et de renseignement, plus de la protection de la personne et de la famille du Président de la République. A cette époque les événements étaient tellement graves, difficiles, avec des attentats dans Paris qui ne ressemblaient pas à ceux d’aujourd’hui - mais qui avaient certainement une inspiration aussi intelligente - la question se posait d’assurer véritablement la sécurité, y compris des enfants, la famille, etc… Il s’est montré dans ce poste entièrement dévoué au service de l’Etat qu’incarnait le Président Mitterrand, désintéressé, animé du plus haut sens de l’Etat, ayant la confiance totale et l’amitié sans doute du Président de la République pour la mise en œuvre de ses directives, de ses politiques, de ses exigences dans l’intérêt de la France et dans celui de l’Etat. Il a été pour cette période très critiqué, vilipendé pour son action dans ce domaine, bien injustement, mais je pense que François Mitterrand aurait pu lui décerner ce que Alexandre Dumas prête dans les Trois Mousquetaires au roi Louis XIII, qui lorsqu’il envoyait des gens en mission leur donnait un sauf conduit sur lequel il y avait marqué « c’est sur mon ordre et pour le bien de l’Etat que le porteur de la présente a fait ce qu’il a fait ».

Ce haut sens du service lui aura coûté cher et il aura payé cher au nom de ce que certains de ceux qui l’ont vu agir avec honnêteté, ont considéré comme une sorte de morale des temps modernes qui en d’autres temps n’aurait pas permis à la France de survivre, ni même de vivre. Il avait ressenti une grande douleur de cet épisode de sa vie où il a connu ce qu’il coûte de faire son devoir d’Etat.

En tout cas celles et ceux qui avaient travaillé avec lui à l’Elysée, comme celles et ceux qui travaillaient avec lui jusqu’aux derniers jours à l’Institut François Mitterrand savent qu’il n’a manqué jamais ni à la France ni à l’Etat ni à François Mitterrand. Ses juges, je veux dire ses détracteurs, pas ceux des tribunaux qui faisaient leur métier, mais ceux que la clameur publique qui attendaient de lui qu’il parle et qu’il trahisse François Mitterrand en ont été pour leur compte. C’était mal connaître Gilles Ménage que d’imaginer la moindre faiblesse de sa part alors qu’était en jeu l’honneur de la France, celui de François Mitterrand et le respect que nous devons à un Chef de l’Etat qui a exercé ses fonctions dans des conditions dont nous nous souvenons tous et dont l’histoire se souviendra. Je ne suis pas sûr que l’Histoire retienne le nom de tous ces détracteurs, d’autant plus qu’il y en a qui continuent avec un combat nouveau tous les jours, mais ça c’est autre chose. Ils finiront par s’épuiser.

Troisième vie de Gilles entre 92 et 95. Pendant 3 ans, il remplira à la tête d’une des premières entreprises nationales françaises, fleuron de notre pays, la mission que François Mitterrand lui a confiée : Président d’Electricité de France, avec tout ce que cela suppose pour garantir la pérennité, l’avenir et la progression d’une entreprise connue et admirée dans le monde entier et qui assure l’indépendance énergétique de la France, élément essentiel de l’indépendance tout court à laquelle François Mitterrand dans la plus pure tradition capétienne était profondément attaché. Il répondra à l’attente du Président, et sous son autorité EDF a poursuivi sa marche en avant et a accru et consolidé sa solidité, multipliant voyages et contacts à travers le monde entier.

C’est le Président Chirac qui mettra brutalement un terme à ce mandat bref mais qui a pourtant positivement marqué EDF comme les nouveaux responsables de l’entreprise l’ont fortement souligné au moment où Gilles a quitté la maison. Le Président Chirac, tout en écartant Gilles Ménage, avait cependant dit qu’il n’avait rien à lui reprocher, au contraire, concernant sa gestion ; son remplacement n’étant selon lui que la conséquence d’une pure convenance politique. Il connaissait et appréciait Gilles depuis son affectation à la Préfecture de Limoges, puis à celle de Paris. Il lui confiera donc en 96-97 une importante mission sur l’énergie pour prolonger et poursuivre son action à la tête de l’EDF. Un remord sans doute. Donc, le secteur de l’énergie a occupé Gilles pendant 5 ans. Il n’a pas démérité, bien au contraire.

Il deviendra ensuite un expert international respecté et reconnu dans le monde de l’énergie, et il présidera International Consortiums en 1998.

Bref, si on accumule tout ça : huit années, pleinement consacrées à l’énergie en France, en Europe, dans le monde par celui qui est resté jusqu’au bout Président d’Honneur d’EDF et qui a suscité, à ce titre, une grande considération de ses pairs.

Enfin, la dernière vie de Gilles sera la Fondation, créée par le Président Mitterrand en 1995 à son départ de l’Elysée, l’Institut François Mitterrand - dans les locaux de laquelle nous nous trouvons aujourd’hui - dont il assurera le secrétariat général de 2003 à 2017, soit pendant 14 ans.

Cette période fut pour lui une sorte de prolongement de son action au service de la France et de l’Etat dans le respect du souvenir de François Mitterrand, de la confiance que celui-ci lui avait accordé et du dévouement qui en était une sorte de contrepartie au point de devenir une sorte de sacerdoce pour Gilles.

A 60 ans avec un dynamisme intact il prendra donc en charge toute l’administration de la jeune fondation dont les débuts et les premières années furent compliquées, car, d’abord nous avons eu une succession de présidents, donc il y a eu un problème de continuité, personne n’a démérité mais je veux dire, c’était un peu rapide et en plus tout était à faire : défendre et protéger la mémoire de François Mitterrand, c’est l’objet social de la fondation, valoriser et expliquer sa vision et son action, mettre à bas les mensonges, les calomnies, les erreurs historiques qui prétendaient ruiner la mémoire de notre ancien Président dans l’esprit public ; tout cela a d’ailleurs échoué, et c’est tant mieux. Protéger et gérer ses archives et les ouvrir aux universitaires et aux chercheurs dans les limites voulues par le Président. Ca n’a pas toujours été bien compris mais, dans les limites voulues par le Président lui-même, c’est-à-dire celles qu’exigent la protection des intérêts supérieurs de la nation et de l’Etat que Gilles Ménage n’était pas disposé à brader.

l’hommage à Gilles Ménage par Michel Charasse
le 8 janvier 2018 à Jarnac, dans la vinaigrerie de la Maison natale de François Mitterrand (DR C.Rosé/IFM).

Et dans le même temps, régler de multiples questions : celle des locaux du siège définitif de la fondation à Paris, celle des moyens budgétaires, car notre capital constitué par François Mitterrand à sa mort ne produit pas assez pour couvrir toutes les dépenses, puis celle de la maison natale de Jarnac reprise par la fondation, à la demande de la ville de Jarnac, qui en a été brièvement propriétaire, qui avait pu d’ailleurs la racheter grâce à une aide importante de l’Etat allouée à l’époque par le Premier ministre charentais, Jean-Pierre Raffarin, qui m’avait dit : « on n’oublie pas ici que François Mitterrand était charentais. » Beaucoup avait été fait. J’ajoute pour la fondation, pour que vous soyez bien au courant, que lorsque la question s’est posée des difficultés financières de la fondation de Gaulle, François Mitterrand (j’étais ministre du budget) m’a dit : « vous inscrirez 50 millions de francs en dotation pour la fondation de Gaulle ». J’ai inscrit dans le budget, j’ai fait voter.

Nous, on a démarré en 96 avec 10 millions (je parle en francs) comme capital, ce qui est quand même un petit peu juste. Nous avons eu donc quelques soucis, mais grâce à Jean-Pierre Raffarin, je le dis, nous avons pu favoriser le rachat de la maison et éviter qu’elle soit achetée par un Anglais. Ils ont déjà brûlé Jeanne d’Arc, ça suffit ! Beaucoup, avait été fait, sous les Présidents successifs depuis Roland Dumas jusqu’à Hubert Védrine. Et quand Gilles arrive au secrétariat général, tout ou beaucoup reste encore à faire, notamment la question du siège définitif à Paris, je l’ai dit, qu’il a fallu transférer à deux reprises et en dernier lieu de la rue Charlot au populaire et historique quartier des luttes ouvrières parisiennes qui n’aurait pas déplu à François Mitterrand, le faubourg Saint-Antoine et la remise en état de la maison natale de Jarnac où nous nous trouvons, à laquelle Gilles a consacré tous ses efforts ainsi bien sûr qu’à l’administration quotidienne de l’Institut, avec tout ce qui fallait faire pour animer et conforter la petite équipe qui n’est pas très nombreuse de l’Institut, avec la nécessité d’informatiser, gérer Internet, tous ces trucs - moi je ne suis pas ami avec ça, la gestion des archives, etc, etc…

Avec une aide spéciale de l’Etat, renouvelée tous les ans, depuis le geste de Jean-Pierre Raffarin, il a été possible de rénover entièrement la maison, de la protéger, de la préserver, de la mettre hors d’eau. Tout ceci sous le contrôle des Bâtiments de France puisque le l’immeuble a été inscrit à l’inventaire supplémentaire en 2004 à notre demande.

C’est Gilles qui a étudié, qui a proposé au Conseil d’administration, programmé, suivi les travaux réalisés par tranches successives, et financé à 100 % par l’Etat ou presque parce que nous avons eu une ou deux aides du Conseil général et même du Conseil général de la Charente Maritime parce qu’il était charentais, c’est toujours pareil.

Mais, l’essentiel a été financé par l’Etat, ce qui représente une aide de l’Etat de plus de 2 millions d’euros au total, y compris l’achat de la propriété bien sûr, et les bâtiments annexes de la vinaigrerie - où nous nous trouvons à l’instant - qui furent l’objet des dernières préoccupations immobilières de Gilles et qu’il aura réussi à mener à bien, puisqu’à son départ quand il nous a quittés, la dernière tranche de travaux était engagée. Elle s’achèvera en 2018, grâce à une dernière aide complémentaire de l’Etat de 120.000 euros qui vient d’être inscrite dans la loi de finances. J’en profite pour remercier Frédéric (Mitterrand) qui est ici, puisque comme il était ministre de la Culture, c’est lui qui tous les ans signait le chèque que j’appellerai « Raffarin » mais c’était quand même le chèque Mitterrand pour la maison Mitterrand.

Tout ceci sans amputer d’un moindre centime la dotation de la fondation, ni déséquilibrer nos comptes - tout ceci ayant été vu sans observations par la Cour des Comptes, lorsque elle a contrôlé les fondations. Gilles œuvrait, bien sûr, avec l’aide vigilante de nos trésoriers successifs et sous le contrôle du Conseil d’Administration auquel il rendait compte, au point de lasser ceux qui n’aiment pas trop les chiffres à chaque réunion du Conseil. Donc, tout ce qu’il faisait, tout ce qui était décidé était connu du Conseil d’Administration et contrôlé par le Conseil.

Je ne veux pas oublier non plus ce qui fut un épisode important des activités de l’Institut et donc de Gilles Ménage, le centenaire de la naissance de François Mitterrand, commémoré en 2016 mais qui a demandé plus de 2 ans d’intenses préparations à laquelle Gilles s’est plus que pleinement consacré avec un grand sens pratique et de l’économie (ça c’est la marque du Corps préfectoral), ce qui grâce aux aides qu’il a su glaner ici et là a permis de réduire fortement le coût pour la fondation.

Bref, il fut un extraordinaire animateur, presque infatigable, malgré quelques soucis de santé qu’il gardait secrets, ou secrètement, il ne s’étendait pas sur ses problèmes. Animateur donc de la petite équipe de l’Institut où en fait l’essentiel de l’administration reposait sur lui avec très peu de collaborateurs, avec l’obligation de nombreux allers et retours entre Paris et le Sud-Ouest, d’où une accumulation de fatigue qui ne s’est pas ressentie sur la marche de la fondation mais qu’il a fini par payer.

C’est en effet au cours d’un nouveau déplacement d’Agen à Paris que Gilles a été brutalement terrassé en juillet dernier en descendant du train à la gare alors qu’il se préparait à venir à l’Institut. Il n’a pas pu surmonter cette terrible et violente attaque cérébrale et il nous a quittés à 74 ans à peine, après avoir rempli avec honneur et dignité toutes les missions que la République ou ses amis lui avaient confiées. Sans avoir achevé, hélas, la vinaigrerie couronnant son action à la maison natale de Jarnac dont il avait réussi à nous imposer la rénovation, parce qu’au départ, je dois dire que le Conseil d’Administration n’était pas très chaud, il ne disait pas non, mais nous disions : « il faut savoir ce qu’on va faire » et Gilles répondait : « écoutez on est lancé, on a fait la maison, on a terminé, il faut finir par la vinaigrerie, sinon on le fera jamais » et nous avions là des circonstances qui faisaient que l’on a poursuivi. Donc, il nous avait quasiment imposé la rénovation, et je dis, je redis qu’elle n’était pas évidente.

Je parlerai également de ses responsabilités que ses amis nous ont confié car je ne veux pas passer sous silence, non pas une cinquième vie, mais une vie parallèle : la vie sportive à Penne d’Agenais, le club de rugby, qui a été champion local en tout cas, « l’association Florilèges du Château féodal de Madaillan » qui a organisé des manifestations artistiques, des concerts, des manifestations musicales pour de jeunes talents, et la sauvegarde de la petite église paroissiale romane de Saint Pierre de Noaillac avec l’association des amis de l’église de Saint Pierre de Noaillac qu’il présidait je crois depuis le début de l’année 2017, au pied de laquelle, dans le petit cimetière il repose aujourd’hui.

Il y aurait encore beaucoup à dire. Et chacun de ceux qui l’ont connu et aimé, ses enfants, ses proches complèteront.

La fondation Institut François Mitterrand, très affectée par sa disparition, et mesurant ce qu’elle perd dans son action en faveur de la mémoire et du souvenir de notre ancien Président a tenu à lui rendre hommage aujourd’hui dans ce lieu symbolique pour nous et pour lui, puisqu’il lui a consacré 14 années de sa vie et ses derniers efforts alors qu’il ressentait sans doute déjà une grande fatigue.

Plaque en hommage à Gilles Ménage
dévoilée le 8 janvier 2018 à Jarnac, dans la vinaigrerie de la Maison natale de François Mitterrand (DR C.Rosé/IFM).

Cette plaque que nous avons dévoilée il y a un instant et qui est posée à dessein sur cette partie de la maison natale - partie à laquelle François Mitterrand était très attaché, car il avait vu son père y travailler et faire vivre la famille - rappellera qui il fut et ce qu’il a fait, et la fidélité inébranlable dont il a fait preuve, y compris et surtout dans les moments difficiles, ceux que nous avons vécu ensemble mais ceux aussi où il se sentait bien seul et accusé, alors qu’il n’avait jamais trahi ni la personne, ni la mémoire du Président Mitterrand. C’était aussi une marque de sa fidélité à la République et à ses principes.

Nous ne l’oublierons pas, nous ne l’oublions pas. Il était notre camarade et notre ami, toujours chaleureux et attentif à chacun, généreux aussi, plutôt jovial et bienveillant et j’ajouterai plutôt enclin à pardonner les petites erreurs, les petites choses qui ne marchaient pas toujours comme il souhaitait.

Merci.


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