22 septembre 1981

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Archives | par Christophe Rosé le 25 septembre 2017

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En cet automne 2017, l’Institut du Monde Arabe fête ses 30 ans. Retour en archives (audiovisuelles, discours, photos) et entretien sur le projet, son inauguration et ses premières années d’activités.

Présentation des maquettes de l’Institut du Monde Arabe
au Président François Mitterrand en présence de Jack Lang, Hubert Védrine, le 20 novembre 1981 (DR/IFM)

Le projet de création d’un "Maison pour l’Islam" était né sous le septennat de Valery Giscard d’Estaing. Elu président de la République, François Mitterrand confirme le projet lors de la conférence de presse du 24 septembre 1981 et l’inscrit dans la politique des grands travaux. Une parcelle de terrain du campus Universitaire de Jussieu inutilisée lui est attribué. La maquette lui est présentée en novembre 1981 et 6 ans plus tard (le 30 novembre 1987) il inaugurera le bâtiment (dont la réalisation a été confiée à Jean Nouvel et Architecture Studio). Les architectes font le choix d’intégrer dans la façade 240 Moucharabiehs photosensibles.

Extrait de la Conférence de Presse de Monsieur François Mitterrand, Palais de l’Elysée, Jeudi 24 septembre 1981

Visite du chantier de l’Institut du Monde Arabe
par François Mitterrand et Jean Nouvel, le 8 janvier 1987 (DR/IFM).

Quant aux problèmes de culture, j’ai fait décider que le fameux 1 % pour la culture serait mis à exécution dans les deux ans qui viennent ; le budget annuel atteindra cette fois-ci 0,75 %, le 1 % sera donc atteint l’année prochaine.

J’ai demandé la réintroduction - et M. le Ministre de la culture avec moi - de la culture dans le Plan, dont était absente, la généralisation du 1 % des constructions publiques appliqué aujourd’hui à l’Education Nationale. Quel champ ouvert aux artistes, aux créateurs de toutes les disciplines qui vont avoir des commandes !

J’ai pris en compte, bien entendu, le développement du Musée d’Orsay (...) le développement de La Villette, le développement de La Défense, qui seront des œuvres qui, je l’espère, marqueront l’esthétique moderne en même temps que l’urbanisme

J’ai également pris la décision, sans vouloir désobliger personne, de rendre le Louvre à sa destination et, de ce fait, j’ai demandé au Premier Ministre de prévoir l’installation et la construction du Ministère des Finances dans des lieux aussi nobles qu’il le mérite, mais sans qu’il y ait confusion excessive entre l’état de fonctionnaire de cette noble Maison et les objets d’art qu’il convient de montrer au public.

Une première Biennale Nord-Sud sera inaugurée en 1983, à la fois à Beaubourg et au Grand Palais.

Nous célébrerons le Bicentenaire de la Révolution, en 1989, et il faut préparer cela dès maintenant.

Nous bâtirons une Cité Internationale de la Musique.

Nous allons mettre en pratique la Fondation Européenne pour la Culture, ce qui nécessitera aussi certaines constructions, ainsi que la maison pour l’Islam.

Et j’ai engagé les premières conversations pour que place soit faite à la France pour une Exposition Universelle en 1989, (...) C’est le chantier ouvert à l’imagination, à l’ouvrage d’art, à l’artisanat, aux humbles et grands métiers, à tout ce qui permet à la France de se sentir plus jeune.

Cliquer ici pour voir ou revoir l’extrait consacré à la politique culturelle de la France lors de la conférence de Presse du 24 septembre 1981 sur le site INA/IFM François Mitterrand, le verbe en images.

Le président François Mitterrand inaugure l’Institut du monde arabe (IMA) : journal de 20h d’A2, le 30 novembre 1987.

Discours de François Mitterrand, Président de la République, à l’occasion de l’inauguration de l’Institut du Monde Arabe, le 30 novembre 1987 :

Mesdames, Messieurs,

Au cours de ces quelques mots, je veux remercier et je dois remercier d’abord celles et ceux auxquels nous devons cet Institut. Cet Institut, et aussi le bâtiment, j’allais dire ce monument, qui désormais l’abritera.

Prendre cette initiative, c’était aussi prendre beaucoup de risques. Réunir tant de pays, ils sont vingt aujourd’hui, avec la France, vingt pays arabes, il suffit de dire cela pour qu’aussitôt on saisisse la qualité des remerciements qui sont dus à Monsieur le Secrétaire Général de la Ligue Arabe, à Monsieur KLIBI, qui à l’instant, avec moi, vient de découvrir, en arabe et en français, ces plaques commémoratives.

Une entreprise comme celle-ci exigeait de la ténacité, le sens de l’union pour que soient véritablement rendus harmonieux les souhaits des uns et des autres. Il fallait aussi vouloir servir la relation, plusieurs fois séculaire, qui unit les pays arabes, le monde arabe et la France. Il fallait, enfin, vouloir servir la culture qui trouve, ici, parés tant d’autres, un lieu de mise en valeur et d’échanges.

Je n’oublierai pas, bien entendu, ceux qui ont réalisé l’oeuvre à la fois matérielle, intellectuelle et même spirituelle que représentent ces murs, cette disposition intérieure, cette organisation faite pour la rencontre et pour la réflexion. Un architecte, des architectes avec et autour de Monsieur NOUVEL, des corps de métiers, le concours de multiples administrations à commencer, bien entendu, par l’administration préfectorale, et le rôle indispensable rempli par la Mairie de Paris. Je me souviens des choix initiaux, ou plutôt de ceux qu’il a fallu rendre initiaux. Le point de départ ayant été peut-être mal situé, même si l’idée était dès l’abord judicieuse : fonder un Institut du Monde Arabe à Paris.

Et voilà pourquoi nous sommes ici, lorsqu’après avoir fait le tour des choses et des projets, il a été estimé que pour la meilleure réussite dans ce coeur de Paris, face à ce paysage admirable, que l’on peut observer de la Rotonde derrière nous, nos amis arabes, les visiteurs de tous pays et de toutes cultures, qui viendront ici, sauront qu’ils sont reçus et par le monde arabe et par la France, et par Paris, qui leur réservent ces splendeurs.

Je crois que l’on peut sans exagérer, se réjouir de la qualité esthétique de cet Institut sous ses deux faces, l’une qui donne sur la Seine et l’autre qui communique avec la ville qui débouchera directement sur toute une série de jardins et de monuments qui appartiennent à la plus ancienne histoire de Paris.

Je me suis réjoui de cette initiative. Au départ, il y a quelques années, ce n’était pas la mienne. Je me réjouis des appuis que j’ai trouvés lorsqu’il a été nécessaire de reprendre l’ouvrage et de le mener à bien. Je suis sensible, Monsieur le Secrétaire Général, Monsieur KLIBI, à votre concours, à la manière dont vous avez su à tout moment faire passer l’objectif, le projet avant les mille et une contradictions inévitables, dès lors qu’on représente un monde aussi divers dans sa profonde unité historique.

Discours d’Inauguration de François Mitterrand
lors de l’inauguration du l’Institut Monde Arabe, le 30 novembre 1987 (DR/IFM).

Monsieur le Président de l’Institut, je vous ai vu plusieurs fois, ici même, soit placé devant les premières pierres, c’est-à-dire devant les décombres, inquiet de voir le temps passer, obligé de surmonter toujours au dernier instant les défaillances du moment et parvenant malgré cela, à peu de mois près, à réussir ce à quoi nous prenons part aujourd’hui, l’inauguration de l’Institut du Monde Arabe. Voilà, en tout cas, une réalisation qui prouve la volonté de la France d’être en mesure de servir la relation entre nos cultures, entre ce vaste monde qui est le vôtre, et nous-mêmes reliés que nous avons été à travers l’histoire par la géographie, par la mer Méditerranée, après tant de confrontations et de luttes, baignés, surtout lorsque l’on songe à la montée de l’Islam par l’Espagne, aux sources les plus prestigieuses et les plus exaltantes d’une culture que nous avons appris à connaître et à intégrer dans nos propres concepts.

Vous nous avez beaucoup apporté et dans le domaine des sciences, et dans le domaine des arts, et dans le domaine des lettres. J’évoquais, il y a peu d’heures, ici même, l’apport dans le domaine des mathématiques, de l’astronomie, de l’optique, de l’hydraulique, du calcul. Impossible d’énumérer d’une façon aussi simple l’apport littéraire qui change avec chacun de ceux qui ont su le créer. Quant à l’apport artistique, je crois que l’idée architecturale a voulu précisément évoquer ici même plus qu’un reflet de la culture arabe, a voulu créer un climat, inventer une façon d’être, transposer, toujours en l’intégrant, cette réalité culturelle qui est l’élément dominant, qui doit désormais diriger la pensée de ceux qui géreront l’Institut du Monde Arabe et de ceux qui y viendront pour parfaire leur culture : musée, bibliothèque, pièces rares, lieux de réunion, séminaires, colloques, et je le répète, tout à l’entour, cette beauté de Paris dans laquelle j’en suis sûr, vous vous sentirez très à l’aise, à l’unisson.

Car vous aussi, chers Amis du monde arabe, vous connaissez la culture de la France, son apport original, ses racines profondes, dans le terreau européen et au-delà, Europe ouverte aux influences, aux idées et aux modes d’expression venus de vous et venus de plus loin, par vous, au point qu’il serait difficile que vous vous sentiez étrangers chez nous, du moins je l’espère.

Vous avez su, nous avons su dépasser les mille et une difficultés, quand ces difficultés n’étaient pas des tragédies de l’histoire politique de ces dernières années. Vous avez préféré l’unité et les symboles de la culture à tout le reste. Nous devons exprimer la gratitude de la France et vous demander au travers de cet Institut du Monde Arabe, d’essayer encore de mieux comprendre ce qu’est la France que nous avons, nous, pour charge - quelle belle charge de servir et de proposer à l’amitié, à l’amour et au respect des autres peuples !

J’en ai fini Monsieur le Secrétaire Général, vous allez clore ces deux allocutions. Cela vous revenait bien et au titre de votre personne, au titre de votre organisation et au titre de tous ceux qui sont ici et dont vous allez vous faire l’interprète. Soyez en remerciés.

Entretien de François Mitterrand avec Yves Mourousi, journal de 13h de TF1, le 30 novembre 1987

YVES MOUROUSI - Il y a de cela quelques semaines, j’avais proposé au Président de la République, François Mitterrand être avec nous dans cette émission de 13 heures à l’occasion de l’inauguration, cet après-midi de l’Institut du Monde arabe à Paris à invitation qui avait été acceptée par le Président de la République française.

Il s’agissait alors de parler de cet Institut du Monde arabe, décidé en 1978 qui a été longuement continué, décidé par M. Giscard d’Estaing, continué par M. Barre, prolonge par François Mitterrand qui a amené à son terme la construction de ces 29.000 mètres carrés où se regroupent 19 Nations du monde arabe. La Libye est présente, l’Égypte n’est pas là mais peut-être après le Sommet d’Amman l’Égypte arrivera-t-elle aussi dans cette véritable institution mondiale, cet Institut du Monde arabe à Paris.

Dans quelques instants le Président de la République sera avec nous, il doit quitter en ce moment même le Palais présidentiel pour nous rejoindre ici sur les bords de la Seine, à l’Institut du Monde arabe, à deux pas de Notre-Dame. Vous voyez en ce moment la cour de l’Elysée. Le Président de la République va sortir. Le voici. Il va nous rejoindre dans quelques instants.(...)

François Mitterrand & Yves Mourousi
lors du journal de 13h de TF1 du 30 novembre 1987. (DR/IFM)

Nous sommes effectivement avec le Président de la République dans cet Institut du Monde arabe dans cette superbe salle des colonnes que vous allez inaugurer officiellement aujourd’hui et qui en définitive, cet Institut de 29.000 mètres carrés qui est situé sur les bords de la Seine, j’allais dire l’oeuvre de la continuité de l’Etat puisque c’est avant votre arrivée à la Présidence de la République que la décision avait été prise de l’Institut du Monde arabe ?

LE PRESIDENT - Elle était prévue. Le projet d’Institut est en effet antérieur à mon arrivée à la Présidence de la République mais cet Institut devait être situé ailleurs, dans le 15éme arrondissement et devait être en même temps d’une architecture différente. C’est-à-dire que le projet retenu à l’époque n’était pas celui que nous voyons aujourd’hui. On a donc changé la géographie et le plan des travaux. Cela dit, l’idée même de l’Institut est une preuve de continuité qui dans ce domaine est une chose très importante.

YVES MOUROUSI - J’allais dire, si on a changé de lieu, de structure mais on n’a pas changé l’esprit de cet Institut et le pourquoi de cet Institut ?

LE PRESIDENT - On ne peut pas entreprendre des travaux aussi importants en ayant l’ambition d’en confisquer l’initiative, ce serait ridicule. Il faut qu’à travers les différents gouvernements, et le cas échéant les différents septennats, on soit véritablement décidé à mener à bien des travaux de cette importance.

YVES MOUROUSI - Alors un travail qui a une connotation aussi philosophique ce n’est pas par hasard que l’Islam et Paris se rencontrent je suppose ?

LE PRESIDENT - Ce n’est pas par hasard du tout. Ils se sont rencontrés depuis déjà fort longtemps, quelques siècles en tous cas, la France et le monde arabe, et Paris en particulier. Si l’on voulait, mais ce n’est pas le moment, retracer cette histoire on s’émerveillerait de tout ce que l’un des deux mondes a apporté à l’autre et l’autre monde apporté au premier. C’est-à-dire qu’ils sont vraiment complémentaires dans beaucoup de domaines.

YVES MOUROUSI - Nous sommes ici tout près de la Faculté de Sciences de Jussieu, à deux pas de Notre-Dame dans cet Institut qui va être l’état des bonnes relations...

LE PRESIDENT - Pardon de vous interrompre, voyez comme c’est beau. A la fois cette présentation de cette façade et d’autre part cette échappée sur Paris.

YVES MOUROUSI - Notre-Dame à proximité, les étudiants à proximité, un Institut qui est quand même brillant, c’est quoi, c’est la volonté de montrer au monde arabe que nous sommes toujours, pour simplifier le problème, bien avec eux ?

LE PRESIDENT
- Il faut faire attention à bien préciser tout cela car c’est également une initiative arabe. Vous avez là quelques vingt pays qui ont pris part à l’édification, et qui prendront part à la gestion de cet Institut, la France et les pays arabes. On ne peut donc pas dire qu’il s’agisse essentiellement d’un projet français. C’est une conjonction d’intentions qui veulent marquer qu’à travers le temps, à travers les siècles, l’amitié franco-arabe, la compréhension franco-arabe, les cultures, les civilisations doivent continuer de s’interpénétrer.

YVES MOUROUSI - Alors si vous le voulez bien M. le Président avant de continuer le dialogue je vous propose de découvrir avec nous et grâce à nos équipes de la "Une" ce qu’est dans son ensemble cet Institut du Monde arabe que vous inaugurez cet après-midi.

Un assez joli symbole, cette image que vous avez derrière vous, M. le Président. Notre-Dame est juste à côté de cet Institut du Monde arabe.

LE PRESIDENT - On a choisi le site avec beaucoup d’attention. C’est peut-être aussi l’une des raisons du changement de lieu. En tous cas ces deux façades, la façade intérieure et la façade extérieure sont me semble-t-il avec leur tissu et leur apparence moderne, sont très adaptées à ce beau quartier.

YVES MOUROUSI - Actuellement l’Egypte n’est pas présente dans les Nations arabes qui participent à cet Institut, on peut penser qu’elle pourrait revenir compte tenu en particulier des récents résultats du Sommet d’Amman. Vous le pensez, vous souhaitez que l’Egypte soit aussi partie prenante ?

LE PRESIDENT - Je le souhaite. Cela dépend bien entendu de l’assentiment des pays arabes qui ont pris part à l’édification de cet Institut, mais en raison de l’évolution des relations entre ces pays et aussi de ce qui est souhaitable. Oui, je pense que l’Egypte devrait normalement avoir sa place ici. Elle a sa place ici.

YVES MOUROUSI - Amman et les résultats du récent Sommet vous paraissent importants dans l’entente entre les pays arabes et la conscience arabe en général ?

LE PRESIDENT - Oui, c’est sûr. Le Roi Hussein de Jordanie a réussi une entreprise qui paraissait perdue d’avance. Les dissentiments multiples, les conflits de toutes sortes que l’on connaît bien, et depuis si longtemps ont soudain laissé place à une volonté commune peut-être due au sentiment d’un péril supporté en commun et aussi aux chances qui sont celles du monde arabe et qui ne seront obtenues que si l’union prévaut sur la division actuelle. Ajoutons que l’Egypte dont vous me parliez tout à l’heure est aujourd’hui par sa population, et par bien d’autres aspects, le premier des pays arabes.

YVES MOUROUSI - La Libye est présente ici. Cela ne peut pas être gênant sur le plan politique, j’allais dire cette estampille culturelle qu’ont les relations entre la France et un certain nombre de pays avec qui nous pouvons avoir des problèmes ?

LE PRESIDENT - Nous n’avons pas choisi les pays arabes qui sont présents parmi ce que l’on appellera les parrains de cet Institut. Nous n’avons pas à les choisir. D’autre part nous entretenons des relations diplomatiques avec chacun d’entre ceux qui sont ici. Il ne se posait donc pas sur le plan qui est le nôtre présentement, des problèmes particuliers.(...)

YVES MOUROUSI - Est-il très diplomate d’inaugurer aujourd’hui le Centre ou cet institut du Monde Arabe à quelques semaines de la célébration du 40ème anniversaire de l’Etat d’Israël ?

LE PRESIDENT - Mais la France entend bien préserver son droit à l’amitié avec qui elle veut. La France n’est pas partie prenante d’une façon directe dans le conflit du Proche et du Moyen Orient. Je dirai même qu’elle en est souvent désolée, quand elle n’est pas déchirée. Elle prend part à tout ce qui permet un rapprochement enfin tout ce qui permettrait, puisque l’on est oblige de parler au conditionnel, un rapprochement entre ceux qui aujourd’hui se combattent.

Nous sommes les amis de l’Etat d’Israël, en ce sens que nous avons été parmi les premières Nations qui ont estime son droit à l’existence et qui estiment que ce droit à l’existence ne peut pas se dispenser des moyens d’existence dans des frontières sûres et reconnues. Mais en même temps et j’ai moi-même exprimé cela à la tribune de la Knesset, qui est l’Assemblée Nationale de l’Etat d’Israël, le droit des Palestiniens doit être reconnu. Quant à l’ensemble du monde arabe, dans sa diversité, dans ses contradictions, la France tient à ce que nous continuions une marche aussi commune que possible et convergente face aux grands événements du monde, les pays arabes et la France. C’est notre monde. Il y a la Méditerranée et déjà au Sud de la Méditerranée vous avez le monde arabe, à peine arrivez-vous sur les rives orientales de cette même mer Méditerranée, le monde arabe s’étend jusqu’aux frontières de l’Iran et cela fait partie du monde islamique. Et ce monde islamique et le monde chrétien ont eu des relations dialectiques d’entente ou de querelles, de guerre ou de paix. Mais tout cela va dans un sens qui pour moi, doit finalement être dirigé de telle sorte que nous parvenions à une meilleure compréhension. Elle est déjà bonne. Alors il n’y a pas d’antagonisme entre les bonnes relations avec Israël et les bonnes relations avec les pays Arabes. Si entre eux, comme c’est le cas, ils ne parviennent pas à dominer une querelle historique, cela n’est pas l’affaire la France dont le rôle, en particulier comme membre du Conseil de Sécurité aux Nations Unies est de tenter le rapprochement. D’où notre position favorable à une Conférence Internationale pour que tous les problèmes en cours puissent être traités par les intéressés.

YVES MOUROUSI - M. SHIMON PERES, que vous connaissez bien, considère, lui, que le monde arabe redoute désormais davantage l’Iran qu’Israël. Vous le ressentez comme cela ?

LE PRESIDENT - L’Iran est une grande puissance à son niveau, et pays de vieille civilisation, bouleversé aujourd’hui par des déchirements dont on a assez parlé pour que je n’insiste pas. Israël représente également une tradition. L’un et l’autre sont tout à fait présents dans la vie du monde actuel. ce qui est vrai c’est qu’il y a une guerre ouverte entre l’Irak et l’Iran. (...) Si l’Iran avait enfoncé les défenses de l’Irak, c’est l’ensemble du monde arabe qui se trouverait atteint dans son intégrité territoriale et plus profondément dans son intégrité intime car il y a là opposition, vous le savez bien, entre ce que l’on appelle le fondamentalisme ou l’intégrisme religieux et une façon de vivre sa religion, qui accepte la tolérance.(...)

François Mitterrand
lors de l’inauguration du l’Institut Monde Arabe, le 30 novembre 1987 (DR/IFM).

YVES MOUROUSI - Monsieur le Président, merci, nous allons bientôt nous quitter. Etre ici, cela vous donne quelques vibrations particulières, vous qui aimez, j’allais dire la culture, l’islam, et aussi l’Occident ?

LE PRESIDENT - Ici ce sera vraiment une maison de la culture, c’est l’art arabe, les relations de l’art et de la société arabe, le monde islamique. Ils sont chez eux ici dans cette maison qui a été faite dans cet esprit, dont l’architecture évoque tout le passé du monde arabe sous certains de ses aspects sublimes. L’architecture, la bibliothèque, la connaissance et le savoir. Et quand on sait ce que le monde arabe a apporté à la culture en général, les mathématiques - algèbre et géométrie - l’astronomie, l’optique, bien d’autres choses encore, l’hydraulique, ce a quoi les Arabes ont contribué considérablement, ce qu’ils ont inventé ; ce qui a servi à notre esprit pour fonder la civilisation occidentale. On pense que cet Institut sera un lieu de rencontres d’où pourront surgir de nouvelles richesses de l’esprit, des richesses partagées entre le monde arabe et nous, entre la France et le monde arabe. C’est tout de même un motif d’orgueil il me semble pour la France et pour Paris en particulier.

YVES MOUROUSI - Alors simplement derrière nous, Notre Dame, je le disais, et tout au loin la Défense là-bas, là-aussi il y aura du Mitterrand dans l’air en 89 pour l’inauguration.

LE PRESIDENT - Je ne cherche pas à ce qu’il y ait du Mitterrand un peu partout. Il se trouve que je suis Président de la République et étant Président de la République j’ai hérité d’un certain nombre de projets, de grands pensées de mes prédécesseurs, Je pense en particulier au Musée d’Orsay, je pense à la Villette, je pense aussi à cet Institut du monde arabe. Bon, j’ai apporté naturellement ma contribution et j’ai modifié un certain nombre de plans, j’ai donné - je le crois vraiment - plus d’expansion à ces projets, j’ai essayé de les insérer dans un grand courant d’architectures et de cultures, là est toute mon ambition, et je n’ambitionnais pas spécialement de terminer tout cela avant le mois de mai 1988. Il est normal bien entendu, lorsqu’on entreprend d’aussi vastes travaux, que cela prenne du temps, pas exactement le temps d’un septennat et je me réjouirais que quel que soit le Président de la République après mai 1988, il soit en mesure de présenter au monde tous les acquis de ces dernières années.


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